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Quotidien d'information indépendant - n° 6562 - Samedi 21 Septembre 2019

L’Algérie face à la crise politique, la mauvaise gouvernance et à la corruption :

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L’Algérie traverse une phase cruciale de son histoire étant confrontée tant à une crise politique majeure qu’il faut résoudre impérativement dans les meilleurs délais pour éviter sa déstabilisation qu’à la corruption, ce cancer social qui menace la sécurité nationale et par là contribue, en dehors du préjudice moral, au blocage de l’économie nationale.

En fait, la lutte contre la corruption gangrénant le corps social, implique un véritable Etat de Droit une nouvelle gouvernance si l’on veut la combattre efficacement, constituant le plus grand danger, pire que le terrorisme qu’a connu l’Algérie entre 1990/2000. La corruption trouve fondamentalement son essence dans les dysfonctionnements des appareils de l’Etat, dans la faiblesse des institutions, dans l’absence de contrepouvoirs démocratiques, dans la dominance de la bureaucratie qui produit la sphère informelle et de la distorsion du taux de change entre l’officiel et le marché parallèle. Cependant il s‘agit d’éviter cette confusion dans le calcul du montant de la sphère informelle en différenciant différents ratios qui donnent des montants différents soit par rapport au produit intérieur brut (PIB), par rapport à la masse monétaire en circulation et le montant des devises échangé sur le marché parallèle.

Urgence de résoudre la crise politique dans les meilleurs délais : dix ( 10) axes de redressement national
2.1- Etant une question de sécurité nationale, il s’agit de privilégier les intérêts supérieurs du pays par un compromis raisonnable et de s’adapter tant aux nouvelles exigences sociales internes que mondiales évitant les replâtrages actuels qui risquent d’accentuer la crise. L’on devra traiter avec la plus grande rigueur la gouvernance et l'efficacité des institutions en s’appuyant sur de nouveaux réseaux, les forces réformistes devant intégrer les forces conservatrices dans une dynamique nouvelle pour assurer la cohésion tant politique que sociale. J'émets dix huit propositions, qui s’adressent tant à la période actuelle pour débloquer la crise que les perspectives futures 2019/2025/2030 en précisant que toute politique est forcément portée par des forces sociales, politiques et économiques, tout en n'oubliant pas les facteurs géostratégiques, étant à l'ère de l'interdépendance mondiale des économies.

- Premièrement, .la condition fondamentale, existant un lien dialectique entre sécurité et développement, est la sécurité et la paix condition de la stabilisation de l'Algérie qui d'ailleurs détermine la stabilité de la région méditerranéenne et africaine, devant éviter le retour au drame qu'a connu l'Algérie entre 1990/1999 et récemment, les drames irakiens, syriens ou libyens, qui implique la mise en place d'un minimum de Smig social où les différentes sensibilités puissent dialoguer dans un cadre organisé se fondant sur la tolérance et le droit à la différence, s'adaptant à la quatrième révolution mondiale fondé sur l'intelligence artificielle et le digital. Dans ce cadre il faut saluer les efforts de l’ANP et de toutes nos forces de sécurité pour l’important travail réalisé.

- Deuxièmement, il y a lieu de se poser la question centrale de la mise en place d'un Etat de droit et de véritables contrepoids politiques, les partis actuels et leurs satellites suscitant une méfiance généralisée de la population algérienne incapables de mobiliser et surtout de susciter une adhésion qui influent négativement sur l'économie, favorisant une corruption socialisée. Les objectifs stratégiques doivent se fonder sur une société plurielle plus participative des partis politiques, la promotion de la femme signe de la vitalité de tout société, permettant la responsabilisation pleine et entière de l'ensemble de la société civile, conciliant la modernité et la préservation de notre authenticité, la léthargie, l'activisme et le populisme conduisant à la régression car en ce nouveau monde n'existe pas de statut quo, toute Nation qui n'avance pas recule forcément.

- Troisièmement, ayant un impact tant sur le fonctionnement du système politique et économique, poser correctement la question de la place de la sphère informelle produit de la bureaucratie fonctionnant dans un espace qui est le sien avec des organisations informelles (une société civile informelle dominante) expliquant la dualité institutionnelle drainant plus de 40% de la masse monétaire en circulation, plus de 50% de la valeur ajoutée et de l'emploi total : comment donc l'intégrer par des mécanismes transparents loin des mesures administratives autoritaires de peu d'effets. La nouvelle politique économique devra s'inscrire, comme je l'ai démontré dans plusieurs contributions internationales, dans le cadre de l'espace Europe/Maghreb/Afrique et plus globalement de l'espace économique Méditerranée/ Afrique.

- Quatrièmement, la régulation nécessaire de l’Etat doit améliorer le fonctionnement des marchés en définissant clairement les missions du futur rôle de l'Etat dans le développement économique et social devant poser forcément les relations dialectiques des rôles respectifs et complémentaires Etat-marché et loin des discours, avoir une nette volonté politique d'aller vers une économie de marché à finalité sociale, conciliant efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale, évitant que les relations marchandes ne détruisent les liens de solidarité.
La nouvelle politique économique devra être caractérisée par l'adaptation à l'universalisation de l'économie de marché, tenant compte des spécificités sociales, où la dominance est le consommateur et l'arbitre, les marchés financiers. Le véritable patriotisme à ne pas confondre avec le nationalisme chauviniste étroit, source d'intolérance, se mesurera par la capacité des Algériens d'améliorer leur niveau de vie grâce à leur contribution à la valeur ajoutée locale et mondiale. Il s’agira d’éviter la politique économique utopique du passé, notamment la politique industrielle, l’actuelle reposant sur des schémas démodés des années 1970/1980, conduisant le pays à l’impasse, dont le sous segment énergie reposant sur un mix énergétique combinant efficacité énergétique (le plus grand réservoir d’économie de l’énergie renvoyant à la politique des subventions), et combinant les différente sources d’énergie dont l’Algérie a un avantage comparatif (énergies renouvelables, fossiles classiques) ne devant pas être utopique l’Algérie dépendra encore longtemps des recettes d’hydrocarbures impliquant un nouveau management de Sonatrach pour plus de transparence dans ses comptes.

- Cinquièmement, le soutien du développement par une administration centrale et locale rénovée, (e-administration) et une lutte contre la bureaucratisation centrale et locale par une rationalisation des choix budgétaires tant des entreprises (réévaluation permanente, surcouts) notamment l'administration et les services collectifs dont les modes de gestion datent encore du début des années 1970 et établir un tableau de la valeur relié aux réseaux internationaux pour lutter contre les surfacturations, devient urgent Cela passe nécessairement par la mutation progressive des services collectifs, qui deviennent de plus en plus créateur de valeur ajoutée (éducation, santé, télécommunication, transport, infrastructure) en introduisant les paramètres marchands pour tester de leur efficacité, tout en encourageant la mixité pour améliorer les prestations fournies aux consommateurs.

- Sixièmement, sous réserve d'objectifs socio-économiques précis datés dans le temps, l’Algérie doit s’orienter vers une réelle décentralisation autour de pôles régionaux, devant revoir le fonctionnement des wilayas et des APC mutant les collectivités locales providences en collectivités locales managers créateur de richesses et citoyenne afin de rapprocher l'Etat du citoyen. L’Algérie, sous réserve de définir d’une manière précise les missions, doit également s’orienter vers une nouvelle organisation institutionnelle gouvernementale par la création de grands Ministères surtout ceux de l'économie (combinant les finances et le commerce) et de l'éducation, le savoir pivot du développement du XXIème siècle, regroupant le primaire, secondaire, supérieur et la formation professionnelle), avec des Secrétaires d'Etat techniques et ce afin d'éviter les télescopages et dynamiser les secteurs santé, travaux publics-transport, énergie, agriculture/eau, tourisme, nouvelles technologues où l'Algérie peut avoir des avantages comparatifs. Au niveau micro-économique, il s’agit revoir les politiques les schémas d’organisation des entreprises, dépassées et d'imaginer une nouvelle politique non globale, mais de l'entreprise non calquée sur les anciennes organisations hiérarchiques bureaucratiques mais sur la souplesse des organisations basées sur les réseaux, la décentralisation des décisions économiques, la gestion prévisionnelle des compétences, le travail en groupes, tenant compte des nouvelles technologies.

- Septièmement, différée depuis des décennies, enjeux énormes du pouvoir assis sur la rente, il devient urgent la réforme du système financier dont les banques, (cœur des réformes) et la dynamisation de la bourse des valeurs, dynamiser d'une manière cohérente, le partenariat public/privé, les ouvertures de capital, la privatisation en évitant le bradage du patrimoine national, ainsi que la règle des 49/51% qui a été utilisée pour des enrichissements illicites de la part de certains oligarchies rentières sans contribuer à la création de valeur ajoutée ayant utilisé les prêts des banques publiques..

2.2-Huitièmement, Il faut impérativement, possédant d’importantes potentialités tant humaines que financières, intégrer la diaspora qui à l'instar d'autres pays peut permettre de contribuer au développement national Par ailleurs, il n’y a jamais eu une véritable politique de l’emploi cohérente créatrice de valeur ajoutée durable mais des distributions de postes tirées par la dépense publique via la rente.des hydrocarbures devant définir une nouvelle politique fonction du développement des entreprises créateur de richesses, si l'on, veut éviter l'implosion des caisses de retraite, dont le fonctionnement doit être revu, devant lever toutes les contraintes d'environnement- bureaucratie, système financier, système socio-éducatif non adapté, le foncier, ne créant pas d'emplois par décrets, renvoyant à une nouvelle politique de formation adaptée aux nouvelles technologies, conciliant flexibilité et sécurité, devant faire un bilan sans complaisance de tous organismes chargé de l'emploi et devant les regrouper en un centre unique pour plus de cohérence. La justice sociale, les économistes parlent d’équité, n’est pas antinomique avec l’efficacité économique : donc réduire les inégalités sociales par une nouvelle politique des subventions ciblées intra socio professionnelle et intra-régionale et revoir le système fiscal par la combinaison de l'équité verticale et une lutte contre la corruption à ne pas confondre avec acte de gestion pour ne pas pénaliser les managers et les initiatives créatrices.

- Neuvièmement, concernant la situation actuelle, l 'Algérie souffre actuellement d'une crise de gouvernance et non d'une crise financière. Mais cette crise de gouvernance risque de se transformer dans deux années en crise financière, économique et politique avec l'épuisement des réserves de change. Avec un endettement extérieur faible, une rigueur budgétaire, une meilleure gouvernance, un changement de cap de la politique économique actuelle, avec un baril entre 60/65 dollars, l'Algérie peut sens sortir.
(A suivre)
Professeur des universités, Dr Abderrahmane MEBTOUL ancien haut magistrat

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