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Quotidien d'information indépendant - n° 6261 - Samedi 22 Septembre 2018

«A United Kingdom» pour la première fois à Alger

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Le long métrage de fiction «A United Kingdom» (Un royaume uni) de la réalisatrice britannique Amma Asante, relatant une histoire d’amour entre un jeune roi du Botswana et une londonienne rendu impossible par des lois coloniales sur fond de racisme et d’apartheid, a été projeté lundi à Alger devant un public relativement nombreux.

D’une durée de 106mn, ce film a été présenté en compétition de la catégorie long métrage du 8 festival international du cinéma d’Alger (Fica) dédié au film engagé qui se déroule à la salle El Mouggar d’Alger depuis vendredi. Cette histoire se passe en 1947, alors qu’un étudiant en droit, Seretse Khama, arrivant du Botswana sous protectorat britannique pour des études de droit, tombe éperdument amoureux d’une secrétaire londonienne, Ruth Williams, et décide de l’épouser au moment où il doit retourner dans son pays pour aider au développement de ce dernier gouverné par son oncle.
Dès l’annonce de leurs fiançailles tout s’oppose à cette union improbable à l’époque: d’abord les différences entre les deux familles et surtout les lois britanniques qui interdisent formellement ce mariage qui pourrait en inspirer d’autres dans les pays colonisés alors que certain étaient en train de mettre en place le système de l’apartheid.

La jeune femme est obligée de défier son père qui s’oppose à cette union et quitter Londres pour suivre son époux au Botswana où le couple est perçu comme une honte et le futur roi comme indigne de servir son pays. Si l’histoire d’amour mise en place très rapidement semble quelque peu improbable le film propose une analyse complète des tractations politiques menées par l’empire britannique et l’Afrique du Sud sous Apartheid pour décrédibiliser ce couple instruit et venu développer et changer la face du Botswana en y créant le premier parti politique démocrate.
Cette fiction est inspirée de la vie réelle du roi Seretse Khama qui sera le premier Président du Botswana indépendant en 1966 jusqu’à sa mort en 1980. Ce film a été projeté devant un jury présidé par le cinéaste malien Cheikh Oumar Sissoko et qui compte entre autres membres la cinéaste libanaise Nada Azhari-Gillon et le Britannique David Murphy. «A United Kingdom» sera très prochainement distribué dans le réseau des salles gérées par l’Office national pour la culture et l'information (Onci).

L’oeuvre de Cheikh Anta Diop immortalisée au cinéma
Lundi a, également, été projeté le film documentaire «Kemtiyu Cheikh Anta», une oeuvre dédié au parcours et l’engagement scientifique et militant du Sénégalais Cheikh Anta Diop pour l’exhumation de l’histoire et la mémoire du continent africain, par son réalisateur sénégalais Ousmane William Mbaye. D’une durée de 94mn, ce documentaire a été projeté en compétition devant le jury du 8e Festival international du cinéma d’Alger, dédié au film engagé, qui se déroule depuis vendredi.
Trente ans après la disparition de cet imminent intellectuel sénégalais, historien, égyptologue, anthropologue et homme politique, le réalisateur Ousmane William Mbaye décide d’immortaliser le personnage, son oeuvre, ses thèses et sa vision dans un film pour les générations qui ne l’ont pas connu et qui n’ont pas encore accès à son enseignement. Cheikh Anta Diop (1923-1986) a suivi des études de physique et de chimie à Paris avant de se tourner aussi vers l’histoire et les sciences sociales et d’adopter un point de vue spécifiquement africain face à la vision de certains auteurs de l'époque selon laquelle les Africains sont des peuples sans passé.
A partir de Paris, l’universitaire prépare une thèse de doctorat en Egyptologie et publie son fameux livre «Nations nègres et culture» en 1954. Il va défendre en France sa thèse voulant que l’origine de l’humanité soit l’Afrique, que la première civilisation dans le monde a vu le jour en Egypte et que ce soit une négro-africaine, qu’il y a de cela des millénaire l’être humain était noir et qu’il y a eu, par la suite, des mutations. Face aux réticences des universitaires et auteurs occidentaux, il n’obtiendra son doctorat qu’en 1960.

Le film montre un scientifique engagé qui a redonné à l’éducation et la science son importance capitale dans la vie d’une nation en mettant en place des paradigmes africains et des thèses africaines, traduisant par exemple des cours de mathématiques et de chimie en langue wolof. Plusieurs personnalité témoignent du travail et de l’engagement de Cheikh Anta Diop à l’image de l’ancien Président sénégalais Léopold Sédar Sanghor avec qui «Cheikh Anta» était entré en désaccord sur la nécessité de réhabiliter les langues maternelles et élaborer un programme d’éducation propre à chaque pays alors que le pouvoir en place défendait la francophilie ce qui pousse l’universitaire à créer un parti politique et s’opposer au régime.
Le film montre également l’impact de la pensée de Cheikh Anta Diop aux Antilles et aux Etats-Unis où il était considéré comme celui qui «a redonné à l’Afrique son passé», disait l'homme politique et écrivain Aimé Césaire, et qui a combattu l’aliénation culturelle dont il est «très difficile de se défaire même après l’indépendance». Lors des dernières années de sa vie Cheikh Anta avait oeuvré pour que la jeunesse s’arme de science et de savoir, seule solution pour s’élever et se développer, et arracher son patrimoine culturel.

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